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Soumis en cène

Affiche Repas des fauves final.inddIntérieur bourgeois, canapé moelleux, fauteuils confortables, petit guéridon, table basse et superbe bibliothèque, bienvenue chez un libraire spécialiste des livres anciens, lequel a réuni plusieurs amis pour fêter l’anniversaire de sa femme. Nous sommes en 1942 et malgré l’occupation, eux ne se refusent rien: cognac, champagne et riches victuailles entre autres, grâce au marché noir, trafic en tous genres, compromissions, bassesses et veuleries, duplicité avec l’ennemi voire collaboration en bonne et due forme, tout n’est qu’égoïsme et hypocrisie de façade. Sauf que, ce soir-là, deux officiers allemands sont abattus près de chez eux et que la Gestapo en représailles exige deux otages parmi les convives, et summum de la cruauté, le terrible choix leur appartient… Cette pièce de Vahé Katcha va droit au but. «Le repas des fauves» c’est mettre chacun face à sa conscience, ses petites lâchetés, sa médiocrité ou ses renoncements, appuyer sur le coté obscur et peu recommandable de gens ordinaires en période de tous les dangers… Rien de tel pour ausculter les comportements de ce microcosme qui évoque combien dans cette époque historique bien précise, il y avait plus d’ambiguïté que d’engagements, loin du mythe d’une France unanime dans la Résistance que l’on a voulu imposer après-guerre…Vichy se devait d’être l’exception, on ne jurait que De Gaulle ou Jean Moulin…sauf que de grandes fortunes se sont bâties dans des conditions plus que douteuses, qu’un préfet Papon se recyclera ministre…Un des plus grands intérêts de cette pièce, c’est qu’elle balaie large et présente un échantillon politique assez représentatif de l’époque, du collabo notoire à l’infâme profiteur via la veuve de guerre, le résistant silencieux ou le type lambda entre deux qui essaie juste de survivre dans ces conditions dramatiques… D’ un univers de notables dégoulinants de certitudes antisémites, homophobes et autres, les comédiens de la Compagnie du Grimoire venus de la banlieue toulousaine ont su rendre palpables autant les noirceurs de l’âme que les éclairs de lucidité, le dilemme entre individualisme acharné et solidarité du collectif, le va et vient permanent entre sauve qui peut cynique et culpabilité… autrement dit tutoyer l’ignoble sans oublier d’être banalement humain, être toujours sur le fil du rasoir pour pouvoir, peut-être, se regarder dans une glace… La mise en scène d’Éric Abrial sans artifice, presque a minima, et un soupçon d’humour noir, remettent ainsi régulièrement en perspective chaque personnage face à son destin et à celui des autres, une manière subtile et efficace d’interroger ce qui se relève de l’intime et de la responsabilité.Du théâtre qui fait honneur au Festival amateur Premier Acte d’Onet et que l’on aimerait voir plus souvent.

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